Parlez-moi de vos envies…

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Les Textes qui font plaisir… 

Hasard du calendrier ou signe du destin, Viet ouvre les yeux trois mois et trois jours avant que le premier homme ne soit propulsé la tête dans les étoiles. Nous sommes en 1961 ; ce 12 avril, Youri Gagarine inaugure la conquête de l’espace. Joli clin d’œil à celui qui, des années plus tard, loin des faubourgs parisiens de l’enfance et des premiers clichés  en noir et blanc, deviendra un  rôdeur des ciels de France, qui, avec « Vues d’en haut »,  signe quelques ouvrages de référence.

 

Il s’y installe en 1983, après un coup de cœur pour Monségur, dont l’énergie l’a irrésistiblement séduit, et un détour par l’Ariège où il tient boutique. Mais si la nature y est belle et l’humain photogénique, Viet y est à l’étroit. Du haut de son mètre quatre vingt dix, ce géant magnanime aspire à de nouveaux horizons créatifs. La Ville Rose comblera ses attentes. Son œil devient rapidement incontournable, s’imposant auprès d’un catalogue impressionnant d’entreprises et de collectivités, dont le Comité Régional du Tourisme pendant 23 ans. Le regard s’affirme, s’affranchit des contraintes ,

le champ d’expression s’élargit, jusqu’à s’imprimer sur des formats gigantesques, capables de couvrir les 5 000 m2 de l’emblématique Place du Capitole à Toulouse lors du vol inaugural de l’Airbus A380.

 

Malgré l’envie, prise au piège des contraintes d’un temps toujours plus rare.

En homme boulimique, Viet explore, expérimente, se lance dans l’édition, capture l’émotion tauromachique, multiplie les projets, ouvre une galerie, son atelier.

La révélation arrive après ces années de triturations magnifiques et d’explorations exigeantes à tromper le capteur.

A l’instant même où il y parvient enfin, où la machine renonce à comprendre, Viet sait qu’il touche enfin à cette dimension intérieure tant attendue. Le déclic, soudain.

Commence alors la quête magnifique de l’artiste révélé, la course effrénée d’une place à une autre pour reproduire la magie de l’incroyable. Une alchimie miraculeuse qui parle au cœur. Pour nous propulser, à notre tour, la tête dans les étoiles.  Et là-haut Gagarine se marre.

Best Foot Forward.

Assurément, Dominique Viet est parti du bon pied, surprenant le public venu sans défaillance découvrir les grandes photos inédites qu’il expose à l’hôtel Pullman.

Les véritables peintures photographiques reçues comme des chocs de couleurs d’une hallucination joyeuse, révèlent comme jamais le puissant tempérament de cet artiste qui assouvit dans l’euphorie de la couleur, son besoin d’harmonie. Il reprend inlassablement ses motifs préférés qu’il transforme. D’abord et surtout les villes, mais aussi la femme, les objets. Une vitalité contagieuse se dégage de l’orchestration des formes, de la géométrie des couleurs dont l’intensité expressive conquiert le regard. Et chaque ville dont la représentation psychédélique est très éloignée de tout cliché rabâché est – et c’est certainement là aussi le génie de Dominique Viet –  immédiatement perçue dans ce qu’elle offre de plus emblématique. Londres, Barcelone, Paris, Miami, Toulouse, sont saisies dans leur essence même. Et que ce tour de force soit obtenu sans retouche est un miracle de trouvaille : une complicité inconcevable avec son appareil photographique. Il peut, dès lors, camper avec autorité un nouvel ordre formel de la photographie. Et donner à ses œuvres les dimensions larges de la vie. Sans atteindre vraiment la monumentalité, les photos de plus de deux mètres submergent le spectateur des déformations percutantes de ces tableaux photographiques. Il en naît un langage où l’artiste utilise un vocabulaire fait de surfaces géométriques disposées dans le plan, privilégiant le rectangle et la courbe. Des bandes de couleurs crues, ordonnées dans le sens vertical, horizontal ou oblique, se succèdent rythmiquement en créant un sentiment étrange de plaisir, d’une réalité joyeuse.

Les couleurs pures, dans leur succession, deviennent un élément essentiel de la photographie. C’est une nouvelle image du monde, une poésie éclatée qui anéantit toute mélancolie. Il crée un univers idyllique par l’expression d’une fantaisie où triomphe l’harmonie et l’équilibre. Sa « Promenade » de Toulouse, est la vue la plus accomplie qui ait été prise du Pont-Neuf qui enjambe la Garonne. Cette vision fascinante de beauté, englobe tout du lieu : la tradition, le lustre de la nuit, la majesté du fleuve et une duplicité de sensations : l’apaisement par la couleur bleu-violet de l’eau et du ciel et l’exaltation par ce que le rouge du pont dégage de force orgueilleuse.

Sa vision est toujours celle d’un peintre. La « Médina » au Maroc peut sembler un agencement parfait de figures géométriques, où les couleurs se répondent et s’harmonisent dans un jeu subtil, elle est, avant tout, la quintessence de la représentation d’une médina.

Ses « Contextures », œuvres en noir et blanc, créent un univers nocturne, apaisé dans le parti-pris de cette dualité qui se décline à l’infini.

La technique géniale de Dominique Viet restitue un monde habitable dans lequel les villes, les femmes, les choses, ont une signification symbolique, aux profondes répercussions psychiques, pour notre plus grand bienfait.

Christian Saint-Paul

A travers ces voyages polychromes, Viet donne à voir ce que l’œil ignore. Une expérience d’une éclaboussante énergie.

Son talent ? La force brute de l’émotion saisie dans l’instant, pure, sans retouche. Le pixel, rien que le pixel. En version XXL.

Si « la création a toujours besoin de hasard », c’est parce qu’il s’en fait souvent l’heureux complice inspiré.

D’expérimentations en caprices, les tableaux photographiques de Viet portent indéniablement la trace de cette inspiration.

Dans ce dialogue brut et sans détour entre la matière du sujet et la foucade du capteur l’œil de l’artiste dicte sa loi, impose des règles qui n’en sont pas, qui n’en sont plus , explose les codes du connu pour mieux reconstruire cet espace soudain autre, à défricher.

Ainsi déstructurée, l’image elle-même invite à un autre regard, surréaliste et pourtant si furieusement contemporain.

Car il y a de la fureur dans cette écriture matricielle nouvelle, réinventée.

Un acte de création fort, tout entier incarné dans ce désordre savamment composé par l’œil et l’appareil.

Une folie, un égarement qui bouscule.

Et interroge notre capacité oubliée à lâcher prise, à abandonner le spectre du contrôle et du cartésien pour découvrir celui d’une dimension diffractée, où oser se laisser surprendre s’impose comme un diktat absolu.

Dans ce kaléidoscope de pixels purs, véritable accélérateur de particules chromatiques, le réel se cristallise brusquement en concrétions télescopées. Dont le désordre se fait créateur de rythme et de mouvement. Architecture disloquée, tectonique syncopée. « Ce qui n’est jamais vu ni attendu » est alors révélé avec une force éclatante, presque instinctive, de l’ordre du cri, sans que n’en souffre le talent d’un cadrage rigoureusement maîtrisé.

Ne nous y trompons pas, sous la lumière des peintures photographiques de Viet pointent les trente années de travail derrière l’objectif.

Trente ans de triturations, de recherches et d’essais pour cet acharné des boîtiers, à l’affût de la faille, de la rupture.

Aucun artifice de technicien pourtant ici. La retouche n’a pas sa place. Seule compte la matière, omniprésente, décortiquée et nue et ce magma de couleurs vibrantes.

L’œil se noie, trouve un chemin, le perd. Se retrouve avant de s’égarer à nouveau dans ce lacis de formes arrachées à la réalité.

Se dessinent alors les contours de paysages oniriques et miraculeux, inaccessibles jusque là, tissés d’effets redondants tels des spasmes de fractales consciencieusement imbriquées. Un labyrinthe de fils, de traits et de traces, de graphes et de pixels. Un chaos merveilleux qui, s’il fallait encore se raccrocher au cadre du connu, courtiserait les méandres de jeux d’arcade et de circuits imprimés complexes, explorerait les virages chromés de plaques radiographiques calcinées.

A la manière d’un archéologue digital, Viet exhume les mosaïques d’un monde invisible et secret avec la rigueur d’un pointilliste numérique.

Comme pour mieux les enfermer à jamais dans des capsules de mémoire vive.

Dialogue entre deux espaces temps : celui de l’ici et du maintenant contre le virtuel de la matière déstructurée.

Chaque détaille compte pour kidnapper la rétine, nous embarquer avec lui dans cette simulation d’une accidentelle escapade polychrome.

Une expérience quantique d’une éclaboussante énergie. Aussi addictive qu’unique.